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Interview de Claire Egalon

Toujours souriante et décontractée, Claire Egalon n’arrête pas de s’étendre sur la toile. Quand elle ne “Twitte” pas à droite elle blogue à gauche. Rencontre avec cette passionnée du Web 2.0 qui nous parle de son expérience du “Mind-mapping” dans le milieu éducatif.

1. Qui est Claire EGALON passionnée par le « Mind-Mapping » et le Web 2.0 ?

J’ai toujours été passionnée par le livre et tout ce qui s’y rapporte : Ainsi les livres anciens, les techniques de reliure mais aussi les nouveaux supports informatiques (e-books, tablettes, etc.) sont des domaines que je ne cesse de prospecter. Le livre respire, il a une âme et ne se trouve jamais là par hasard. Bien souvent il vous choisit et non le contraire.
Cette passion m’a conduit naturellement, après un master en sciences des archives et un CAPES en 2009, au statut de professeur documentaliste stagiaire.

C’est au cours de ma préparation universitaire que je me suis intéressée au web 2.0: j’ai créé mon blog, La petite Passerelle , ainsi qu’une palette d’outils nécessaires à ma veille professionnelle: d’une part un agrégateur, pour rassembler en une seule page l’actualité des sites et blogs qui m’intéressent, d’autre part un gestionnaire de signets pour conserver et classer les articles que j’ai relevés lors de ma veille; j’ai également créé un univers netvibes pour faire connaître les différents sites que je recommande. Par ailleurs, je fais partie d’un certain nombre de réseaux professionnels et suis administratrice d’un forum sur la préparation du CAPES de documentation. Et puis il y a Twitter, un outil de micro-blogging idéal pour échanger et diffuser ma veille documentaire ! Créer un blog, l’enrichir grâce à une veille régulière et le contact avec un réseau pro, tout cela m’a permis de prendre conscience des enjeux du web 2.0, et d’appréhender les facettes d’un web 3.0 imminent … C’est également à cette époque que j’ai découvert le «Mind-mapping» ! Ce qui est amusant avec cette démarche, c’est que l’on réalise l’avoir utilisé bien avant que l’on en sache le nom ! En fait, ma prise de note n’était pas linéaire, mais très visuelle. Je me suis alors renseignée davantage sur le sujet, convaincue que cela pourrait être très profitable, didactiquement parlant. Olivier Le Deuff, Docteur en sciences de l’information et de la communication, m’a alors invité sur son site collaboratif « Cactus acide », où j’ai publié quelques articles sous la rubrique «Mind-mapping». Mon envie de travailler sur le sujet était lancée !

2. D’un point de vue professionnel tu as développé et réussi un très beau projet éducatif utilisant le « Mind-Mapping ». Pourrais-tu partager cette expérience  avec nous ?

Il se trouve que pendant les quatre dernières années scolaires, parallèlement à la fin de mes études et à la préparation du CAPES, j’ai été recrutée par l’Education Nationale en tant qu’intervenante extérieure en allemand. J’ai donc enseigné l’allemand dans différentes écoles primaires et à tous les niveaux: de l’initiation aux CP (environ 6 ans) jusqu’aux élèves de CM2 (environ 10 ans) qui passent en fin d’année l’évaluation à l’entrée en 6e comprenant une partie « langue vivante ».

Comme cette époque a coïncidé avec ma découverte du «Mind-mapping» et mon questionnement sur son potentiel pédagogique, j’ai entrepris, la seconde année où j’enseignais, de l’utiliser avec deux classes lors de quelques séances. J’avais choisi deux classes de niveaux différents pour en tirer le maximum de remarques. Les résultats se sont révélés très positifs !
Les élèves ont manifesté de l’intérêt pour cet outil pour son côté créatif et j’ai noté de bons résultats en matière de mémorisation. C’est en effet un outil excellent pour retenir un texte, en l’occurrence ici, pour savoir se présenter, ou apprendre une comptine. Je ne saurais d’ailleurs que trop le recommander aux candidats de concours. Personnellement cela m’a énormément aidée lors de l’oral du CAPES ! Pouvoir se détacher de ses notes permet de captiver son auditoire, d’être réellement en situation de communication et, pour les élèves, de ne pas ânonner simplement sa leçon.

Par ailleurs j’ai remarqué que le recours à l’image est très important quand les élèves réalisent leur carte mentale sur le cahier, et ce d’autant plus en langue vivante où nous utilisons comme outil pédagogique les « Bildkarten » ou « Flashcards » en cours d’anglais : des cartes images qui facilitent le travail de mémorisation et d’oralisation. Pouvoir réaliser ses propres cartes images sur son cahier, avec des images pour lesquelles notre cerveau fera immédiatement le rapprochement avec le mot à retenir, est très important. Le «Mind-mapping», dans ce cas, est un outil assez personnel, que l’on s’approprie avec son propre code esthétique. Mes élèves s’étaient bien emparés de ce concept et les cartes variaient énormément d’un cahier à un autre, d’une conception à une autre, car ils avaient su exploiter leur propre créativité.
De plus avec cette démarche, on réalise un vrai travail sur la notion de mot-clé car souvent, les élèves peinent à repérer les termes porteurs de sens. Quand la « carte mentale » devait être réalisée en allemand, l’exercice était d’ailleurs plus facile, car ils n’avaient qu’à replacer les mots acquis dans une carte selon leur propre logique. En revanche, pour une carte mentale en français (autours d’un aspect culturel, un conte par exemple), le recours à la rédaction de phrases ou tout au mieux au style télégraphique était malheureusement fréquent. C’est un réflexe, on essaye de noter le maximum de peur de l’oublier ! Or grâce au «Mind-mapping», on réalise que seuls quelques mots, les mots-clés, suffisent pour que l’on retrouve toute un enchaînement logique. La pensée se déroule alors très naturellement.

Je n’ai pas rencontré de difficultés particulières concernant l’accueil de cette méthode par les équipes éducatives avec lesquelles j’ai travaillées, et par les parents eux-mêmes…peut-être tout simplement parce que les élèves ont accepté cette manière de travailler, différente des enseignements dispensés par leur instituteur …et aussi par les bons résultats obtenus ! En ce qui concerne les résultats des germanistes de CM2, qui passaient l’évaluation de fin de primaire que j’ai évoquée plus haut, ils ont obtenu en juin dernier 100% de réussite ! (source : Inspection Académique, secteur Aix-Sud)

3. As-tu ou penses-tu partager cette expérience avec tous les autres collègues de ton établissement ?

Forte de cette expérience réussie, et pleinement satisfaite des potentialités de cette démarche, j’aimerais aujourd’hui créer un espace de partage, et ainsi pouvoir instaurer un dialogue sur ce thème avec les enseignants de toutes les disciplines. Car pour former les élèves au « Mind-mapping », il faut déjà former les formateurs !

4. Comme tu le sais, le « Mind-mapping » est au programme des classes de secondes depuis la rentrée 2010. Beaucoup d’enseignants seront un peu déstabilisés pour aborder cette démarche. Aurais-tu des conseils à leurs donner ?

En effet le « Mind-mapping » a été enfin mentionné mot pour mot dans un texte officiel : le nouveau programme de la classe de seconde, qui propose notamment un enseignement d’exploration intitulé « Création et innovation technologiques. » Celui-ci stipule que « l’utilisation d’un logiciel de création de « cartes mentales » facilite la structuration de leurs réflexions et la présentation collective (diaporama, note de synthèse, affiche, compte rendu de projet, etc.) ». ( Cf. Programme de création et innovation technologiques en classe de seconde générale et technologique, Bulletin officiel spécial n° 4 du 29 avril 2010) De nombreuses activités pédagogiques peuvent être ainsi mises en place : brainstorming en début de séance, ou pour réactiver les connaissances acquises lors de la séance précédente, étude d’une notion, d’un personnage ou d’un lieu (les exemples sur la toile ne manquent pas ! Je recommande notamment la lecture d’un blog réalisé par une prof de lettres classiques, intitulé « Lettres et cartes heuristiques »…une référence dans le monde pédagogique !), mais aussi décortiquer un texte pour mettre en valeur sa structure, ses éléments, son argumentation ; on peut également proposer son plan de séquence, et même des évaluations sous la forme de cartes. C’est vraiment un outil qui peut être utilisé dans toutes les disciplines !
Il ne faudrait surtout pas se laisser déstabiliser : le « Mind-mapping » est un instrument malléable, à chacun de se l’approprier. De nombreux enseignants réalisent sans doute des cartes mentales sans même le savoir, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose. Enfin, c’est un outil qui doit pouvoir être découvert sous son aspect manuel ou logiciel, n’hésitez pas à faire travailler les élèves sur papier aussi bien que sur les nombreux programmes gratuits (Freemind, Xmind) que l’établissement pourra installer sur chaque profil élève de son environnement numérique de travail (ENT).

5. As-tu d’autres projets personnels ou professionnels en vue qui pourraient utiliser le « Mind-mapping » ?

Dès la rentrée prochaine je souhaiterais mettre en place un partenariat avec des enseignants autour de l’enseignement du « Mind-mapping ». Sur un plus long terme, j’ai un projet de thèse, justement, autour des connections possibles entre cette pratique innovante et l’enseignement. A suivre…

6. Aujourd’hui le Web2.0 et les réseaux sociaux sont omniprésents. Quels sont pour toi les avantages et les inconvénients de ces nouveaux outils de communication ?

Le sujet a déjà fait couler beaucoup d’encre numérique, je vais donc répondre du point de vue que je connais le mieux; celui de l’éducation. Le web 2.0, depuis qu’il existe, a permis une véritable communication de réseau, que ce soit entre l’internaute et l’information et les internautes eux-mêmes. En effet on reçoit aujourd’hui l’information en un flux continu (et massif, d’où les notions d’infobésité et d’infopollution), et il est possible désormais de commenter, de produire soi-même de l’information et de communiquer ainsi avec l’ensemble d’un réseau via les blogs, les wikis et autres interfaces collaboratives. Je dois reconnaître qu’ils ont été pour moi d’une grande aide ! On peut créer une communauté d’intérêts avec une très grande facilité. Deux écueils à éviter, selon moi: tout d’abord l’aspect chronophage; il est parfois difficile de « s’extraire » de l’activité en ligne, car elle semble se diluer dans le temps… il s’agit d’apprendre à gérer ce temps de connexion avec le réseau et l’information. Il en découle, pour cela, un choix rigoureux de ses outils (agrégateur, logiciel de « Mind-mapping » etc.) pour connaître celui qui nous conviendra le mieux…quitte à en tester régulièrement de nouveaux !
Autre écueil, et là encore je reste dans un point de vue pédagogique (on qualifie cet enseignement de « culture informationnelle »), il s’agit de prendre conscience de notre présence sur le web, et donc de notre identité numérique : réaliser que chaque photo, chaque commentaire que l’on publie laisse une trace sur la Toile. Mais dès lors qu’on en est conscient, les potentialités du web 2.0 sont immenses : c’est un espace de liberté de communication, à chacun de faire entendre sa voix ! J’ajouterai brièvement, car il faudrait lire tout ce qui a déjà été publié sur la question, que la notion de web 2.0 est en passe d’être obsolète ; le web est en perpétuelle mutation et nous en arrivons à un web 3.0, un web intelligent où ce ne seront plus uniquement les internautes qui échangent des données mais où les données communiquent entre elles également.

7. Si demain tu étais devant une importante assemblée et que tu devais parler du « Mind-Mapping », quel serais ton message ?

J’essaierais de montrer que, sous des aspects peut-être impressionnants du fait de sa prétendue nouveauté, il s’agit en fait d’une formidable redécouverte de méthodes de visualisation et de mémorisation développés dans l’Antiquité.
Pour découvrir comment s’est produite cette redécouverte on peut lire l’ouvrage relatant les travaux de recherche menés par Frances Yates, Les Arts de Mémoire (The Art of Memory, publié pour la première fois en 1966). Cette chercheuse américaine a étudié l’art oratoire dans la Grèce et la Rome antiques, et a retrouvé les techniques utilisées par les grands orateurs de l’époque, par exemple la méthode des lieux, qui consiste à visualiser chaque pièce d’une maison et attribuer à chacune la partie d’un discours. En « visitant » mentalement chaque pièce, l’orateur retrouvait ainsi l’enchaînement de ses idées.
Certes, cette redécouverte actuelle, à notre époque, a permis le développement de logiciels performants, mais le fondement reste le même ! Elle a aussi généré (et cela se poursuit !) un bouillonnement d’idées sur sa mise en application, et ce dans un grand nombre de secteurs…dont l’éducation, qui me tient particulièrement à cœur !
Ainsi, le « Mind-mapping » n’est pas seulement une représentation graphique de l’information sous forme arborescente favorisant de ce fait nos processus cognitifs, mais aussi une voie vers l’innovation et la créativité… Elle est au cœur des choses, au cœur de nous-mêmes, et il s’agit de s’y replonger afin de faire émerger une arborescence naturelle qui nous relie tous. Le « Mind-mapping » est intuitif… suivez-vos intuitions !

Merci Claire pour ce témoignage qui montre bien que tu es aussi un oriflamme aux couleurs du « Mind-mapping ». Tous nos vœux t’accompagnent pour que 2011 voit la concrétisation de tes différents projets.

La carte ci-dessous, réalisée avec «Vivamind», permet de retrouver les liens vers tes différentes activités :

ATTENTION : La carte n’est pas cliquable ! La carte est accessible, et cliquable, via le lien «Vivamind» décrit ci-dessus.

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